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Les métiers de l'humanitaire - Publié le 28/08/2006

Être acteur dans la solidarité internationale : difficultés et contraintes d’un engagement - Mots-clefs : métiers humanitaires, préparation départ, retour mission


Être acteur dans la solidarité internationale : difficultés et contraintes d’un engagement

S’engager dans la solidarité internationale, par le biais d’une ONG ou d’une association internationale, porter secours aux victimes d’une catastrophe naturelle ou d’une guerre dans un camps de réfugiés ne s’improvise pas. En effet, être recruté comme volontaire pour partir en mission demande que l’on réponde à un certain nombre d’exigences bien précises. Comment devient-on acteur de la solidarité internationale aujourd’hui ? Quel est le profil du candidat à l’expatriation ? Enfin, quelles sont les difficultés d’un tel engagement ? Nombreux sont ceux qui souhaitent « exercer un métier dans l’humanitaire » pour donner un sens à leurs parcours mais encore faut-il avoir des compétences et des qualités pas uniquement de cœur, à offrir aux partenaires. Tout d’abord, il est essentiel de comprendre que l’humanitaire ou plus largement la solidarité internationale constitue plutôt un « milieu d’exercice ». Ainsi, Dominique Desplat, conseiller projet à Santé Sud, définit l’humanitaire comme une activité : « l’humanitaire est une activité à laquelle on participe quelque temps, mais on n’est efficace que si on a déjà un métier comme ingénieur, médecin ou infirmière. Par la suite, on met ce métier au service de l’humanitaire et pour cela il faut se préparer ».

Choisir de s’engager dans la solidarité internationale

« Se préparer » donc. La sphère « humanitaire » est désormais une affaire de professionnel(le)s. Ainsi, pour avoir une chance de se faire recruter par une ONG et partir en mission, il faut avant tout justifier de compétences et d’une expérience préalable sur le marché du travail. Quels métiers peuvent éventuellement conduire à s’engager dans la solidarité internationale ? Quel est le profil des candidats à l’expatriation ? L’exercice d’un métier passe d’abord par une bonne formation initiale. Selon une étude effectuée en 2002 par l’association Résonances Humanitaires, sur 128 expatriés de la solidarité internationale 72% avaient un niveau d’étude supérieur ou égal à bac +4. Les associations et les ONG ont ainsi besoin, en général, de spécialistes et de personnes qualifiées dans les domaines de la santé : médecins, anesthésistes, infirmières, sages-femmes…Mais aussi dans de nombreux autres secteurs : ingénieurs agronomes ou du bâtiment, hydrauliciens, comptables, gestionnaires, collecteurs de fonds, enseignants ou encore secrétaires, maçons, charpentiers ou mécaniciens. Outre une bonne formation initiale et une première expérience d’un métier, il s’avère aussi nécessaire pour le candidat au départ, d’ajouter une formation plus spécifiquement axée sur l’humanitaire afin, comme l’explique Julie Bégin, responsable de la communication au CESH (Centre Européen de Santé Humanitaire), « d’adapter son savoir-faire à l’exercice en milieu humanitaire ».

Les profils des candidats sont multiples, mais certains critères sont incontournables pour un candidat à l’expatriation : parler anglais, avoir quelques années d’expérience dans son secteur, et en général disposer d‘une bonne capacité d’adaptation, autrement dit avoir un « bon état d’esprit ». En effet, le facteur personnalité joue un rôle important dans l’humanitaire. Il faut se montrer clair et solide sur ses motivations à partir et disposer de qualités bien précises. Pour Dominique Desplat, le futur expatrié doit faire preuve de « souplesse et de détermination » afin d’être capable, une fois sur le terrain, « de comprendre l’Autre sans perdre de vue les objectifs de sa mission ». « Le mélange de ces qualités est rare » poursuit D. Desplat, mais peut permettre au candidat de réussir son adaptation et par conséquent de mener à bien son projet. Les candidats à l’expatriation proviennent d’horizons divers, mais se regroupent autour de trois statuts.

Les bénévoles

Ils s’investissent en général dans des actions de courte durée parallèlement à leurs études, leur travail ou, pendant leur retraite. En tant que salarié d’une entreprise, il est d’ailleurs possible de prendre, en accord avec son employeur, un « congé solidaire », non rémunéré et d’une durée de 6 mois maximum afin de se mettre à la disposition d’une association pour une mission à durée déterminée à l’étranger.

Les volontaires

Ils représentent 80% des humanitaires. Contrairement aux bénévoles, ils s’engagent sur le long terme dans le cadre d’une mission d’urgence ou de développement à l’étranger pouvant aller d’un an à 6 ans. Outre une indemnité de subsistance, destinée à couvrir les frais de la vie courante sur place, les volontaires bénéficient d’une couverture sociale (assurance maladie, mutuelle complémentaire, assurance rapatriement), d’une prise en charge du billet d’avion aller-retour et en général d’un logement sur place.

Les salariés

Les postes de salariés sont rares. Seule une minorité de personnes se font recruter par des organisations internationales ou comme permanents dans une ONG (organisme non gouvernemental) après plusieurs années d’expérience sur le terrain. En effet, la plupart des ONG fonctionnent essentiellement avec des volontaires et des bénévoles.

La formation et la préparation au départ

L'Institut Bioforce, un centre de formation et d'orientation axé sur la solidarité internationale, a développé une offre de formation concrète, pratique et bien adaptée au terrain. « Bioforce travaille en partenariat avec des associations humanitaires et des ONG », explique Marie Perroudon, Chargée de communication. « Nous recueillons des informations pour chaque poste et nous étudions les métiers exercés sur le terrain auprès des ONG. Nous avons un taux de placement de nos élèves de plus de 90% ». Ainsi, Bioforce propose des cycles de formation longs souvent complétés par une période d’ « application » sur le terrain aux métiers de logisticien, de technicien en eau et sanitation, d’administrateur, de coordinateur ou encore de gestionnaire de projet. Il est aussi possible de suivre un cursus court afin de réactualiser ses connaissances. On peut alors choisir des formations « à la carte ». Si Bioforce fait plutôt de la « préparation terrain », au CESH (Centre Européen de Santé Humanitaire) on insiste davantage sur la dimension interculturelle inhérente à toute mission de solidarité internationale. S’adressant majoritairement à un public déjà intégré dans un système de santé (hôpital), le CESH accueille néanmoins des personnes issues d’autres secteurs d’activité qui pour la plupart ont déjà une petite expérience de l’humanitaire. Afin de bien préparer ses candidats au départ, le CESH propose trois types de formation. Des formations généralistes (initiation à l’action humanitaire, communication, coopération civilo-militaire, etc.) qui permettent de s’initier dans les grandes lignes à l’environnement, aux enjeux et à quelques aspects spécifiques de la solidarité internationale. Puis, des formations plus pointues qui s’adressent à des spécialistes pour « adapter leur savoir-faire technique à l’environnement humanitaire » (anesthésie-réanimation ou gynécologie-obstétrique etc.). Enfin, le CESH propose des diplômes (un Diplôme Inter Universitaire de Santé humanitaire et un Diplôme Universitaire en Solidarité et coopération) qui abordent « le plus largement possible les différents aspects de l’action humanitaire ». Il existe, bien sûr, d’autres organismes proposant un complément de formation axé sur l’humanitaire ainsi que des cycles universitaires : une liste non exhaustive en est proposée en fin d’article. Une fois que le candidat est sélectionné pour participer à une mission, la plupart des ONG ou OSI (Organisations de Solidarité Internationales) offrent des formations spécifiques au départ. Selon une enquête menée par l’Institut Bioforce en 2005 auprès d’ONG francophones et des plus grosses ONG étrangères, 94,1% d’entres elles offrent une formation au départ. Selon l’enquête, les thèmes majoritairement abordés sont le fonctionnement interne de l’organisation, le programme et les outils ou métiers de la mission. Action contre la faim (ACF), par exemple, propose des briefings axés sur les aspects administratifs et techniques de la mission. Le candidat est aussi informé sur le contexte spécifique du pays où il sera envoyé et reçoit une formation plus générale sur l’humanitaire ainsi qu’une vue d’ensemble sur ACF, son mode de fonctionnement et sa charte. La formation est rémunérée et prise en charge par ACF.

Les difficultés sur le terrain…

Pourquoi est-il capital d’être bien préparé à partir en mission ? Parce que le travail qu’effectue le volontaire sur le terrain engendre des difficultés spécifiques qu’il est important d’anticiper surtout pour une première expérience. Catherine Perez, chargée de formation solidarité internationale et chargée du suivi des diplômés à l’Institut Bioforce, estime que les principales difficultés sur le terrain sont liées à des problèmes relationnels au sein des équipes une fois sur place. « On ne choisit pas les personnes avec qui on part, on travaille beaucoup et on a de longues journées. Les équipes sont logées souvent au même endroit et côtoient donc les mêmes personnes en permanence. Ensuite, au début, ajoute-t-elle, il y a un temps d’adaptation à traverser qui fragilise les personnes. Cela se ressent à travers les relations. Le changement brutal d’environnement entraîne une perte de repères qui fragilise les individus et les relations entre eux. C’est pourquoi, à Bioforce, on insiste sur cet aspect du relationnel dans une mission et sur l’importance du « savoir être », du « savoir se comporter » autant que du « savoir faire », conclue-t-elle. Julie Bégin du CESH insiste davantage sur le choc culturel, que le volontaire ou le bénévole peut ressentir une fois sur le terrain. « Le choc à l’arrivée est surtout au niveau du contact humain », explique-t-elle. « Il faut aider l’autre mais le faire dans la modestie. Souvent il y a des conflits dus à des malentendus. Il est surtout important d’être à l’écoute de l’autre. On oublie souvent d’écouter. Les expatriés doivent aussi être conscients du fait que les techniques et les connaissances ne sont pas les mêmes qu’en France. Il faut être ouvert sur les pratiques locales en matière de santé par exemple. La relation à la maladie et au corps est différente dans les pays où nous intervenons ». Pour Dominique Desplat de l’association Santé Sud, orientée principalement vers des programmes de développement dans les domaines de la santé, toute la difficulté d’une mission réside dans le fait d’être capable d’adapter les techniques du projet que l’on souhaite mettre en place au terrain. « La difficulté est d’adapter ces techniques dans un contexte socioculturel très différent du nôtre. Tout le problème c’est l’adaptation », souligne-t-il. Des écueils d’ordre interculturel peuvent surgir aussi et amènent l’intervenant à ne pas se comporter de manière trop rigide. « La difficulté est souvent d’avancer vers ses objectifs dans la réalité du terrain », conclue-t-il. Si l’ensemble des ONG préparent généralement bien leurs candidats aux conditions parfois difficiles ou quelque peu déroutantes qu’ils trouveront sur place, d’aucuns reconnaissent que les difficultés sont parfois plus grandes, au moment du retour de mission.

Le retour de mission….

On estime à environ 3000 ou 4000 le nombre de volontaires qui rentrent de mission chaque année. Selon Catherine Perez, de l’Institut Bioforce, la principale difficulté c’est la réinsertion. « A Bioforce, on insiste sur cette dimension. Il faut préparer le retour avant le départ », explique-t-elle. « Nous aidons la personne à se repositionner et à se construire un projet professionnel. On travaille un peu comme l’ANPE avec des entretiens individuels et des ateliers collectifs de recherche d’emploi. Le retour est une étape très importante. On essaie aussi de travailler avec les ONG pour qu’elles délèguent à Bioforce la prise en charge de cette étape du parcours de l’expatrié ». Aider les expatriés de retour de mission à se réinsérer sur le marché du travail, en France, c’est l’objectif que s’est donné l’association Résonances Humanitaires. À l’origine de la création de cette association, un constat simple : les volontaires qui partent en mission avec les ONG n’ont pas droit au chômage à leur retour et se trouvent donc dans une grande précarité. « L’année dernière, on a reçu 160 personnes et sur 160, 60 étaient au RMI après plusieurs années d’engagement dans l’humanitaire sur le terrain, avec les ONG », souligne Éric Gazeau, directeur et fondateur de l’association en juillet 2002. Résultat : selon une étude menée par Résonances Humanitaires auprès de 128 expatriés en 2002 plus de 62% déclaraient ne pas avoir de ressources suffisantes pour accéder à un logement à leur retour. Outre une situation matérielle précaire, les volontaires vivent aussi un grand choc émotionnel et se sentent souvent « largués » à leur retour. « Quand on quitte son ONG, on a un peu l’impression de vivre un divorce auquel s’ajoute le sentiment de perte de réseau dû à l’expatriation », explique le directeur de l’association. Les volontaires se heurtent, de plus, à un problème d’image lors de leurs démarches pour retrouver un emploi. Un cliché leur colle toujours à la peau et ils ne sont pas toujours pris au sérieux. « L’aspect professionnel de leur expérience n’est pas vraiment pris en considération », se désole Éric Gazeau. Pourtant, 75% des adhérents de l’association ont un niveau de formation supérieur à bac + 4 ; ils sont souvent bilingues et selon l’enquête menée en 2002 par Résonances Humanitaires sur 128 expatriés 72% ont eu des responsabilités de coordination et d'encadrement dans le cadre de leurs missions. C’est pourquoi, pour Éric Gazeau, il est urgent de mettre en évidence tous les talents qui se révèlent au cours de ces expériences sur le terrain. Pour accueillir et aider cette population bien spécifique, l’association a mis en place des espaces de paroles où les volontaires peuvent se retrouver pour partager leurs expériences au centre socioculturel Cerise à Paris une fois par mois ou rencontrer à titre individuel un bénévole de l’association consultant en ressources humaines. Si cela s’avère nécessaire, le volontaire peut ainsi bénéficier d’un suivi personnalisé dans sa phase de recherche d’emploi avec élaboration et validation du projet professionnel, refonte du CV, mise en place de techniques de recherche d’emploi etc. L’association a mis aussi sur pied un réseau de parrainage grâce aux anciens expatriés qui aident les nouveaux à traverser la délicate phase de transition avant la réinsertion. En contact avec les directions des ressources humaines de plusieurs entreprises, associations et organismes, Éric Gazeau explore et identifie les secteurs d’activité qui pourraient bénéficier de l’expérience des humanitaires et travaille, dans le même temps, à faire évoluer la vision qu’ont les recruteurs de ces derniers qu’ils soupçonnent souvent de manque de professionnalisme. Des partenariats mis en place avec plusieurs organismes permettent aussi de créer un réseau dont peuvent bénéficier les volontaires en recherche d’emploi.

Pour de nombreux volontaires passés par l’association Résonances Humanitaires, le simple fait de pouvoir discuter des difficultés rencontrées à leur retour avec un membre de l’association ou d’avoir une adresse en poche avec le nom d’une personne à contacter a permis à beaucoup de reprendre confiance en eux et de rebondir professionnellement. Outre la richesse de l’expérience humanitaire, être volontaire au cours d’une mission de solidarité internationale permet aussi de développer de précieuses qualités comme l’adaptabilité et l’autonomie et d’acquérir de nombreuses compétences en exerçant d’importantes responsabilités dans l’encadrement d’équipes ou la gestion administrative et financière d’un programme. Reste à convaincre les pouvoirs publics et les entreprises du professionnalisme des anciens volontaires et des nombreux atouts qu’offrent de tels parcours.


Publié le 28/08/2006 17:37 par Mariane Meunier - ASAH - Contacter l'auteur - Signaler un problème

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