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Panorama des différentes formes de l’engagement solidaire - Publié le 28/08/2006
Panorama des différentes formes de l’engagement solidaire : Solidaire ? Équitable ? Durable ? Responsable ? - Mots-clefs : Commerce équitable Epargne solidaire benevolat
Solidaire ? Équitable ? Durable ? Responsable ? Ces termes familiers du grand public sont passés depuis quelques années dans le langage courant et semblent imprégner l’air du temps.
Mais que recouvrent-ils précisément ? À quelles formes d’actions s’appliquent-ils ?
Quels sont les acteurs et les partenaires concernés ?
S’engager dans une action de solidarité a longtemps signifié quitter son propre pays pour partir dans une contrée lointaine et secourir les victimes d’une famine, d’une guerre ou d’une catastrophe naturelle. Pourtant, sans partir aux antipodes, il est possible aujourd’hui de s’impliquer de manière quotidienne dans une démarche solidaire à tous les échelons de la citoyenneté (locale et nationale).
Quelles sont les formes de l’engagement solidaire aujourd’hui ? Quelles actions solidaires peut-on envisager dans sa vie de tous les jours ?
Commençons par l’acte le plus simple et le plus quotidien : faire ses courses dans des magasins d’alimentation. Dans cet acte, pourtant au premier abord bien anodin, il est possible, en privilégiant les produits dits équitables, d’agir au plus près des intérêts des petits producteurs et artisans des pays du Sud qui, dans le contexte de la mondialisation, sont soumis aux lois implacables du commerce et subissent de plein fouet la pression des multinationales ou des grands groupes industriels. Cet état de fait plonge souvent le petit producteur dans un état proche de l’esclavage ou le pousse parfois à faire travailler ses enfants pour simplement essayer de survivre.
Le commerce équitable,
Mouvement crée vers le début des années 60, propose, selon l’association Coordination Sud, le portail des ONG françaises de solidarité internationale, « une alternative efficace à la réduction des inégalités en redonnant à l’homme toute sa place dans les échanges commerciaux internationaux.»
L’association Actualités Solidarité le définit ainsi : « Le commerce équitable est un commerce social qui vise à établir un rapport d’échanges satisfaisants pour tous et qui a pour principe d’aider des coopératives d’artisans dans les pays en développement à se développer de manière durable ». Ainsi, du producteur au consommateur, le commerce équitable a pour objectif d’assurer une juste rémunération du travail des producteurs de pays en voie de développement qui s’engagent en retour à garantir le respect des droits fondamentaux de l’Homme. Selon Coordination Sud, si la France accuse un réel retard dans le développement du commerce équitable celui-ci tend actuellement à s’organiser avec notamment la formation d’une Plate-forme du commerce équitable (PFCE) qui fédère une trentaine d'organisations de commerce équitable au niveau national. La PFCE édite un annuaire des acteurs du commerce équitable où figurent une charte du commerce équitable, le nom des personnes et organisations oeuvrant dans le secteur et les coordonnées de toutes les boutiques de commerce équitable classées par département.
Les différents protagonistes de la Plate-forme agissent sur le terrain en France et dans les pays du Sud afin d’améliorer les conditions de vie et les ressources financières des petits producteurs ou de les accompagner dans la mise en place d’une stratégie commerciale à long terme en développant des liens avec les réseaux européens du commerce équitable.
La Plate-forme exerce aussi une action de pression sur les pouvoirs publics afin que soient pris en considération les enjeux du Commerce équitable dont elle assure la promotion auprès du grand public. Pour cela, la PFCE travaille à la mise en place d’outils de communication ou encore organise et coordonne des campagnes de sensibilisation et de formation comme la « Quinzaine du Commerce Équitable » qui a lieu sur l’ensemble de la France.
À la portée de tous et simple d’accès, l’épargne solidaire
Elle représente depuis quelques années un autre moyen simple d’exercer sa citoyenneté en orientant son argent vers des projets solidaires. L’idée principale est d’accepter de soutenir en tant qu’épargnant des porteurs de projets solidaires qui ne peuvent accéder au marché des crédits bancaires classiques. Il s’agit en général de projets qui contribuent à l’insertion de personnes en difficulté ou au développement local et durable d’où leur appellation de « projet solidaire ».
Les produits d’épargne solidaire permettent à tout citoyen d’orienter ses placements non plus uniquement en fonction de critères financiers mais aussi en fonction de critères éthiques
à la faveur de projets de solidarité nationale ou internationale.
Regroupés sous le label Finansol du nom du collectif associatif Finansol, les produits d’épargne solidaires sont aisément identifiables. L’existence de ce label permet, de plus, de garantir aux épargnants la transparence et la bonne utilisation des fonds recueillis. Conçu pour développer la notoriété du secteur de l’épargne solidaire, le Collectif Finansol regroupe l’ensemble des acteurs gérant des produits d’épargne solidaire. Finansol est aussi le site portail des finances solidaires et la première porte d’entrée pour découvrir le fonctionnement des circuits des finances solidaires quelle que soit le degré de connaissance que l’on a du domaine.
Comment fonctionne l’épargne solidaire ?
Souvent moins intéressante qu’une forme d’épargne classique, d’un point de vue strictement financier, l’épargne solidaire est une forme d’engagement solidaire au même titre que la consommation de produits équitables, le bénévolat ou le volontariat.
Les acteurs financiers solidaires font le lien entre les épargnants et les projets financés. De la forme d’épargne la plus simple (ouvrir un livret ou un Codevi) à d’autres formes plus innovantes (souscrire directement au capital d’acteurs solidaires), l’offre, en matière de produits d’épargne solidaire, s’est beaucoup diversifiée aujourd’hui et devrait permettre à chacun de trouver celle qui lui convient le mieux et correspond le plus à ses aspirations.
Les Cigales, Clubs d’Investisseurs pour une Gestion Alternative et Locale de l’Épargne Solidaire, sont des institutions financières solidaires finançant, grâce à l’épargne solidaire, de petites entreprises. Créés en 1983, ces clubs en général constitués de 5 à 20 personnes qui mettent une partie de leur épargne en commun se réunissent plusieurs fois par an pour recevoir les créateurs, décider des placements et affecter cette épargne collective au capital des entreprises qu’ils décident de soutenir. Chaque membre du club s’engage à verser une partie de ses revenus (minimum 8 euros par mois) dans un pot commun qui permettra ainsi de constituer le capital de départ ou de renforcer les fonds de l’entreprise. Le montant moyen par entreprise est d’environ 4000 euros. Si le capital est modeste, il a comme objectif de faire « effet de levier » auprès d’autres investisseurs.
Les porteurs de projets sont ensuite mis en relation avec les différents clubs. Il n’y a pas d’intermédiaire : les Cigales choisissent elles-mêmes le projet qui les intéresse. Certaines privilégient l’écologie ou la création d’emplois. Les parts investies vont de 1000 à 3000 euros en moyenne par club. Mais la Cigale ne s’arrête pas au financement ; elle suit et soutient l’entreprise dans sa croissance, lui apporte aussi des conseils et l’incite à améliorer son projet. En véritable associée, la Cigale suit la vie des entreprises dans lesquelles elle a investi. Le retour n’est dont pas seulement financier mais aussi social, écologique, culturel et éducatif. Le réseau Cigales est composé aujourd’hui d’une centaine de Clubs d’Investisseurs et ses Clubs financent chacun 1 à 3 entreprises en moyenne par an. Les Cigales ont une durée de vie de cinq ans au terme desquels les entreprises aidées rachètent leurs parts. Le risque de perte financière est minimisé du fait que l’investissement est collectif. Il bénéficie, de plus, d’une déduction fiscale de 25% du montant investi.
Véritable outil contre la pauvreté, le micro-crédit est utilisé depuis une quinzaine d’années en Asie, en Afrique, en Amérique Latine et plus récemment en Europe.
Il s’adresse d’abord aux exclus des banques commerciales et des marchés classiques de crédit.
C’est un crédit d’un faible montant proposé à ceux qui ne peuvent accéder au crédit bancaire classique du fait de leur incapacité à apporter les garanties matérielles demandées : un salaire, une maison, un terrain ou une épargne suffisante. À défaut de garanties matérielles, des garanties dites mutuelles (à base d’épargne) ou solidaires (reposant sur un groupe de personnes) sont demandées aux clients par les organismes qui distribuent ces petits crédits (ONG ou banques sociales) qui sont décentralisées donc plus proches des populations.
Le Crédit Coopératif
Il propose, de son côté, une gamme importante de produits bancaires solidaires. La carte Agir, par exemple, est née d’un partenariat entre le Crédit Coopératif et le monde associatif. Elle offre toutes les caractéristiques d'une Carte Bleue Visa classique tout en permettant aussi de soutenir au quotidien les actions de solidarité des organismes travaillant en partenariat avec le Crédit Coopératif. Les bénéficiaires de la Carte Agir sont notamment Action contre la Faim, AIDES, la Fondation Énergies pour le Monde, France Nature Environnement et Médecins du Monde.
Enfin, pour aider l’épargnant à connaître les différents modes d’épargne solidaire et comprendre les spécificités des acteurs financiers solidaires, les comparer et choisir ceux qu’il souhaite soutenir, Finansol propose sur son site Internet un tableau comparatif très complet des produits d’épargne solidaire.
Autre exemple de mobilisation en France pour un monde plus juste, le bénévolat
Il se caractérise par un don de temps libre et gratuit à des étrangers. Cette dimension de liberté inhérente au statut de bénévole lui permet aussi d’interrompre son engagement à tout moment contrairement au volontaire qui, lui, s’engage pour une durée en général bien définie. Souvent engagé dans des missions courtes, le bénévole ne perçoit aucune indemnité, n’a pas de statut officiel, mais surtout intervient en dehors de ses périodes de travail. En règle générale, le bénévole ne bénéficie d’aucun droit ni de protection légale, mais il existe des dispositions spécifiques aux bénévoles dans le Guide du bénévole publié en septembre 2000 par le ministère de la Jeunesse et des Sports en septembre 2000.
Selon 1Bénédicte Halba, anciennement chargée de mission au ministère de la Jeunesse et des Sports et experte auprès du Conseil de l’Europe, « le bénévole, en refusant de rester spectateur dans la société agit pour lutter contre la souffrance, les inégalités et les injustices sources d’exclusion ». En ce sens, « il est un véritable acteur de développement de la solidarité sociale. Ses champs d’action sont en général la gestion, l’administration, l’information, la formation et l’encadrement pédagogique ; la communication ; la collecte de fonds et l’organisation d’événements ». Pour faciliter la mise en relation des bénévoles avec les associations, plusieurs sites Internet existent désormais et permettent au candidat de faire son choix comme Solidarinet, Planète solidarité ou Jeveuxaider.com (voir les adresses complètes de ces sites à la fin de l’article).
Engagement citoyen par excellence, le volontariat
Il revêt aujourd’hui des formes variées et un statut différent du bénévolat avec lequel il est souvent confondu.
Dans sa forme civile, le volontariat, en France, est devenu un pivot essentiel de la sécurité civile. Doté d’une reconnaissance légale, il remplace les formes civiles du service national obligatoire suspendu définitivement depuis juin 2001. Cette forme de volontariat a pour objectif de sensibiliser les jeunes volontaires aux questions relatives aux secours et de leur permettre d’acquérir une réelle connaissance du métier de Sapeur-Pompier Professionnel. L’engagement est conclu pour une durée comprise entre six et vingt-quatre mois, prorogeable une seule fois. Le volontaire consacre l’intégralité de son activité aux tâches qui lui sont confiées. Par conséquent, il ne peut exercer une autre activité rémunérée. Le volontaire a cependant droit à une indemnité mensuelle, fixée à ce jour à 566,90 € avec la possibilité de bénéficier d'un logement selon les disponibilités. En fonction de ses compétences, le volontaire exercera les activités suivantes : la protection des personnes, des biens et de l'environnement; la lutte contre l'incendie; le secours d'urgence aux personnes victimes d'accidents, de sinistre ou de catastrophes ; la prévention et l'évaluation des risques de sécurité civile; la préparation des mesures de sauvegarde et d'organisation des moyens de secours. Il est possible de souscrire un volontariat civil à partir de 18 ans et jusqu’à 28 ans au plus au moment de la candidature. Il faut jouir de ses droits civiques, satisfaire aux conditions de moralité et d'aptitude médicale exigées pour exercer l'activité de sapeur-pompier et répondre à certains critères d'aptitude physique.
Voté en janvier 2006, le nouveau projet de loi sur le volontariat associatif et l’engagement éducatif a aussi permis de clarifier la situation juridique des personnels pédagogiques occasionnels des centres de vacances et des centres de loisirs sans hébergement (CLSH) en permettant à leurs salariés d’être rémunérés sur la base d’un forfait journalier.
Le volontariat de solidarité internationale appelé aussi « volontariat associatif »
Il représente, quant à lui, un enjeu essentiel pour de nombreuses ONG qui fonctionnent pour une large part avec des volontaires lorsqu’il s’agit, par exemple, de répondre à une situation d’urgence.
Le volontaire, dans le cadre des actions humanitaires, bénéficie, en France, d’un statut reconnu par les pouvoirs publics et d’indemnités de subsistance mais pas d’une réelle rémunération. Son engagement peut aller de 6 mois à six ans pour une mission qui fait l’objet d’un contrat signé avec une association ou une ONG. Ces dernières offrent en contrepartie au volontaire une couverture sociale complète et lui garantissent une préparation au départ, un suivi sur le terrain et un appui à la réinsertion de retour en France qui peut être sous la forme d’une prime s’il est inscrit à l’ANPE. Les frais de déplacement et de rapatriement sont remboursés. S’il est considéré aujourd’hui comme un « facteur de cohésion sociale, au Nord comme au Sud », le volontariat n’est pas encore assez reconnu sur le plan social et administratif comme une période de travail à l’étranger. Les expériences professionnelles du volontaire devraient aussi être mieux prises en compte sur le marché du travail lors de son retour en France alors que se pose la délicate question de sa réinsertion.
Autre forme d’engagement solidaire : le tourisme solidaire ne cesse de se développer depuis quelques années.
Le tourisme aujourd’hui est devenu un acte banal, voire ordinaire. Prendre l’avion à prix cassé pour aller, à travers un tour-opérateur, passer une ou deux semaines au soleil réconfortant d’une contrée exotique dans un hôtel bien souvent plus luxueux que nos petits appartements de ville avec parfois, même, une piscine en prime et des activités diverses à la clé n’est plus un phénomène exceptionnel. Pourtant, une autre forme de tourisme qualifié tantôt de durable, de responsable, d’équitable ou encore de solidaire nous amène, depuis quelques années, à prendre conscience de nos réflexes de voyageurs occidentaux et à porter un regard plus critique sur nos habitudes touristiques pas si anodines. Le tourisme représente, en effet, un des secteurs économiques les plus importants pour les Pays du Sud et conduit à se déplacer chaque année quelque 700 millions de personnes. Considéré comme l’une des plus importantes industries mondiales il est, par conséquent, un facteur de développement économique fondamental. Pourtant, les retombées économiques du tourisme ne profitent pas aux pays de destination et bien souvent la main-d’œuvre locale ne peut prétendre qu’à des emplois précaires et saisonniers. À cela, il convient d’ajouter les répercussions du tourisme de masse sur l’environnement, la santé et la qualité de vie des populations locales. À titre d’exemples, les hôtels et les piscines entraînent une consommation d’eau exagérée dans des régions où elle est rare ou encore la pollution, générée par un trafic aérien trop important, ou la perte de la biodiversité et la destruction d’écosystèmes fragiles par le passage répété et dense de visiteurs sur les mêmes sites.
Conscients des effets pervers du tourisme de masse et de l’impact de leur présence sur les territoires et les sociétés qu’ils visitent, de plus en plus de voyageurs des pays développés recherchent, désormais, des formules de voyages plus responsables. Ce tourisme dit responsable insiste en effet sur la rencontre, c’est-à-dire sur la relation qui s’établit entre le touriste et le milieu qui l’accueille. Le principe de cette forme de tourisme est de faire profiter le plus grand nombre de personnes et de la manière la plus juste des recettes du tourisme et dans une perspective à long terme. Il s’agit donc de contribuer à un développement durable qui prenne en compte le patrimoine naturel et culturel du pays d’accueil. Les communautés locales participent voire gèrent elles-mêmes l’organisation des séjours. Les touristes sont hébergés dans des structures locales et les intervenants locaux perçoivent une rémunération juste. Cependant, il convient de rester prudent au moment du choix de l’opérateur d’un voyage dit solidaire, durable, équitable ou responsable car le risque de récupération de ce concept par les voyagistes est fréquent. En effet, il n’existe pas encore à ce jour de label international pour garantir le sérieux de telle ou telle offre en matière de tourisme éthique. Il existe, néanmoins, une grille avec 51 critères reconnue par le Ministère du tourisme et une charte définie par L’Organisation mondiale du tourisme qui a aussi adopté le code mondial du tourisme. La commission européenne a, par ailleurs, fait une communication sur les orientations de base pour la durabilité du tourisme européen en 2003. Ces efforts de définition d’un tourisme qu’on peut appeler éthique signalent la prise de conscience de cette question par la communauté internationale. Cependant, c’est d’abord au touriste lui-même d’être conscient de cette problématique en étant attentif à ses propres comportements pour que son attitude et ses actes dans le pays d’accueil ne jouent pas en défaveur des populations locales mais au contraire soient, pour ces communautés, un facteur de développement.
Ainsi, s’engager dans une démarche solidaire lors d’un voyage touristique en France, en Europe ou dans une contrée plus exotique prend tout son sens aujourd’hui. Pour aider le voyageur à devenir plus « responsable » de nombreux sites d’information existent où il pourra notamment consulter des chartes du tourisme solidaire et prendre connaissance du travail des nombreuses associations qui organisent des séjours solidaires à travers le monde entier.
Publié le 28/08/2006 18:11 par ASAH - Mariane Meunier - Contacter l'auteur - Signaler un problème