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Éthique sociale : On les a vus camper, l’été dernier, dans des tentes éparpillées sur nos trottoirs. Mauvais pour le tourisme. - Publié le 09/12/2006

On se sent envahis, comme si l’espace public nous appartenait plus qu’à eux, parce que peut-être nous serions davantage citoyens, votant, payant des impôts, cotisant à toutes sortes de caisses. - Mots-clefs : exclusion SDF Ethique

Lien web : www.lavie.presse.fr


lLa Vie On les a vus camper, l’été dernier, dans des tentes éparpillées sur nos trottoirs. Mauvais pour le tourisme. On se sent envahis, comme si l’espace public nous appartenait plus qu’à eux, parce que peut-être nous serions davantage citoyens, votant, payant des impôts, cotisant à toutes sortes de caisses. Les exclus nous défient, sans le vouloir. Nous avons envie que l’on agisse, mais pas que l’on nous dérange. Je vous avoue que le banc que l’on vient d’installer juste devant mon immeuble me déplaît : bientôt, des SDF s’y allongeront, ce sera vite sale. N’aurait-on pas pu lui trouver un meilleur emplacement, à l’autre bout de la rue ? On voit partout se refléter cette ambivalence, dans les actes privés comme dans les politiques publiques. Côté santé, par exemple, d’importantes réformes ont été mises en œuvre. La couverture maladie universelle (CMU) assure une prise en charge des soins à 100 % pour les personnes à faibles revenus. Près de cinq millions de Français sont concernés. Mais on estime qu’un médecin sur dix refuse les malades venus consulter sous le régime de la CMU. Que fait-on ?


L’éthique ne se réduit pas aux difficiles questions de début et de fin de vie. Il y a aussi l’éthique sociale, cette morale tout aussi naturelle, tout aussi rétive au compromis, qui commande à nos sociétés prétendument développées de refuser l’inacceptable. À une époque déjà lointaine, un ministre haut en couleur se vantait de « terroriser les terroristes ». Et si une voix politique disait haut et fort qu’il serait temps « d’exclure l’exclusion » ? Les six propositions que formule l’Association Emmaüs dans nos colonnes constituent pour cela une base excellente. Qui veut s’en emparer ?


Il serait faux de dire que l’État n’agit pas déjà ; et tout aussi faux de prétendre que l’on a vraiment pris le problème à bras-le-corps pour en faire une priorité nationale. Sinon, nous ne verrions pas les camps de SDF se multiplier aux marges et au cœur des grandes villes. Il semblerait donc que la finalité de la politique de lutte contre l’exclusion soit de contenir le phénomène dans les limites de l’acceptable et non de l’éradiquer. Et c’est cela qui finit par donner l’impression d’un travail de Sisyphe : des lois, des intentions, des actions, mais jamais de solution durable.
Cela pourrait changer. Car, désormais, un Français sur deux pense qu’il pourrait bien se retrouver lui-même sans abri un jour. Cette inquiétude est-elle fantasmatique ? La hausse vertigineuse des prix de l’immobilier renvoie de plus en plus de travailleurs pauvres au cauchemar du mal-logement, et parfois du non-logement. Qui peut se dire, avec une absolue certitude, que ses enfants ne vivront jamais cela, où que telle ou telle de ses connaissances ne connaîtra jamais cette descente dans la rue ? À peine 17 % des personnes interrogées. Très peu, au fond, dans un pays si prospère.


Le sondage réalisé pour l’Association Emmaüs, dont La Vie révèle cette semaine les principaux résultats (lire page 20), montre aussi de manière frappante que nos concitoyens ne veulent plus de cache-misère et autres politiques sécuritaires consistant à chasser les SDF de nos jolis centres-ville. Voilà une nouvelle importante, qui ne peut manquer d’avoir des implications politiques. Si le souci des autres ne suffit pas à faire bouger les choses, l’angoisse collective qui monte fait de questions trop longtemps marginales un défi public.


par Jean-Pierre Denis

www.lavie.presse.fr


Publié le 09/12/2006 20:20 par La Vie - N°3197, du 7 décembre 2006 - Contacter l'auteur - Signaler un problème

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