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Pourquoi les pays riches ne sont pas traités de la même manière par les instances internationales que les pays pauvres ou dits en voie de développement ? - Publié le 01/02/2007
Pays riches et pays pauvres, rencontre avec la Kirghizistan - Mots-clefs : solidarité internationale, FMI, Kirghizistan
Lien web : www.lesansculotte85.com/publication/spip.php?article11
LA-BAS, C'EST ICI POUR D'AUTRES.
L’OBÉISSANCE TOTALE SUR DES QUESTIONS FINANCIÈRES… JE TROUVE ÇA DOUTEUX'
Alors pourquoi ici, ça ne se passe pas comme là-bas ?
Pourquoi les pays riches ne sont pas traités de la même manière par les instances internationales que les pays pauvres ou dits en voie de développement ?
Ce mois-ci, rencontre avec le Kirghizistan, un des pays les plus endettés dans le monde. Réponses avec Kanat Sadykov, professeur à la faculté d’économie de l’université nationale de ce pays d’Asie centrale.
Kanat Sadykov, le Kirghizistan est-il un pays pauvre ?
La dette extérieure du Kirghizistan - et c’est l’indicateur principal - correspond aujourd’hui à 112 % de son Produit intérieur brut (PIB).
Un pays est déjà en état de crise si la dette est égale à 30 % de son PIB… Mais certains pays ont une dette plus grosse encore. L’Italie, par exemple, a une dette qui est 6 à 7 fois plus élevée que celle du Kirghizistan . A vrai dire, il existe deux types d’évaluation. Oui, le Kirghizistan est un pays pauvre. Mais d’un autre côté, il est aussi assez fort économiquement pour intéresser la Banque mondiale, qui lui propose d’adhérer au programme de désendettement des pays pauvres très endettés (PPTE) . Par exemple, nous avons un très bon niveau de formation, impossible à concurrencer dans un tas de pays dans le monde. Dans le même temps, les salaires sont très bas. Mais c’est aussi dû à la non-prise en compte des revenus complémentaires… Peut-on par exemple considérer comme pauvre un habitant de la région du sud qui possède cinquante têtes de bétail ? Il n’a pas de salaire formel, n’est pas déclaré comme fermier. Ces revenus annexes ne sont pas comptabilisés dans les statistiques générales du pays.
Quelles sont les forces et les faiblesses du pays?
Il existe des réserves sur lesquelles nous devons baser notre économie : ce sont les ressources énergétiques, qui sont en général liées à la production d’électricité. Nous avons aussi de nombreuses ressources dans le domaine de l’extraction des métaux précieux, qui ne sont pas connus et qui nécessitent des investissements. Nous avons enfin les ressources de la nature, c’est-à-dire le domaine du tourisme, qui n’est pas développé chez nous. Ce sont, d’après moi, les directions vers lesquelles le Kirghizistan devrait aller, là où il y a le plus de perspectives. Les points faibles maintenant : ce sont bien sûr les infrastructures, trop peu développées et abandonnées. Et il n’y a plus aucune industrie.
Pourquoi une telle situation?
Notre pays faisait partie de l’Union soviétique. Les usines qui se trouvaient sur le territoire du Kirghizistan dépendaient des fournisseurs de toute l’URSS. Quand ce système est tombé, l’économie nationale est tombée avec. L’industrie lourde, la production de machines, tout cela est aujourd’hui à niveau zéro. Nous avons aussi beaucoup perdu en infrastructures. Nous devons améliorer l’état de notre réseau routier, ce qui donnerait l’occasion de développer l’activité économique entre les régions mais aussi le tourisme (actuellement, une seule route relie la capitale, Bichkek, à la deuxième grande ville du Kirghizistan, Osh. Elle est très régulièrement coupée l’hiver). Il faut dire aussi que nos classes pauvres survivent uniquement grâce à l’aide internationale.
Le FMI pourrait-il représenter une autre forme d’aide après le départ de l’URSS?
Il y a différent point de vue. Les uns pensent que le programme PPTE ne débarrassera pas le Kirghizistan de la dette, mais augmentera sa dépendance. On dit beaucoup que le Kirghizistan sera « l’obligé » d’une direction économique extérieure. Par exemple, le secteur énergétique, qui a besoin d’investissements publics pour se développer, va être privatisé. Si tout cela s’avère vrai, alors que dans les faits, la dette ne sera réduite que de 700 millions de dollars, alors l’adhésion au programme PPTE serait criminelle.
Pourquoi les dirigeants acceptent-ils le programme malgré les risques et le mécontentement de la population ?
Le gouvernement croit qu’il va pouvoir dicter à la Banque mondiale et au FMI ses conditions. Il en a posé 27. Mais sur cinq points, il reste des désaccords. Ces désaccords sont liés à l’augmentation des tarifs sur l’énergie (très bas au Kirghizistan) et la privatisation des sphères énergétiques.
Que pensez-vous des conditions posées par le FMI?
Certaines conditions sont acceptables, comme celle qui concerne la réduction de la corruption. Mais il y a aussi des conditions d’ordre économique, qui obligent le pays à obéir à la Banque mondiale.
L’obéissance totale sur les questions financières, alors que très peu de pays ont finalement pu se dégager par le haut de ce programme, je trouve ça douteux…
Source :
Version Numérique du Sans-Culotte 85.
Mensuel indépendant d'interet civique
http://www.lesansculotte85.com/publicati(..)
Publié le 01/02/2007 18:21 par Propos recueillis par Mathilde Goanec et Camille Magnard. Traduction de Kostia. - Contacter l'auteur - Signaler un problème