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Cameroun : poulet remplumé, consommateur déplumé - Publié le 16/07/2008

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Au Cameroun, l'interdiction d'importer du poulet congelé fait le bonheur de l'aviculture locale. Accouveurs et vendeurs y trouvent leurs comptes. Sur les marchés, les consommateurs, eux, regrettent parfois les bas morceaux importés vendus - Mots-clefs : cameroun, poulet, filière avicole


27/06/2008 ( Cameroun ) Charles Nforgang

camerounPoulet

©crédit photo Syfia international

Au marché central de Douala, le poulet camerounais s'est refait une santé. Et avec lui, toute la filière avicole locale. Chaque matin, des camionnettes déchargent des caisses de poulets à des revendeurs qui les proposent ensuite aux consommateurs. "Un bon vendeur peut en écouler aujourd'hui jusqu'à 2 500 par semaine contre environ 850 avant la campagne contre les poulets congelés", explique Jean Noutchegmo, vice-président de l'association des commerçants vendeurs de volailles à Douala. Selon lui, hôteliers, restaurateurs, poissonneries, braiseurs et ménagères, autrefois abonnés aux poulets congelés, comptent désormais parmi leurs clients. "Nous connaissons même parfois des pénuries d'approvisionnement", observe Innocent Kounchie, un vendeur.
A la suite d'une campagne de plaidoyer, menée en 2004 par l'Association citoyenne de défense des intérêts collectifs (ACDIC), les pouvoirs publics ont diminué progressivement les importations massives (plus de 22 000 t en 2003) de poulets congelés jusqu'à les interdire formellement en 2007. Depuis, l'aviculture nationale, qui, d'après l'association, avait perdu près de 110 000 emplois entre 1994 et 2003, va mieux. La production locale, qui se situait à 250 000 poussins par semaine au début de la campagne de l'ACDIC, est ainsi passée à 600 000, un an plus tard.
Cette embellie n'avait été que de courte durée, car la filière a ensuite traversé une nouvelle crise. Après la découverte du virus H5N1 de la grippe aviaire sur un canard mort, dans le nord du pays, en mars 2006, la psychose avait en effet gagné les consommateurs si bien que la production locale était retombée à 50 000 poussins par semaine. Elle a progressivement retrouvé son niveau d'avant la campagne avec l'ambition de franchir la barre de 450 000 dans les prochains mois.
En avril dernier, le gouvernement camerounais a octroyé une aide ponctuelle de 221 millions de Fcfa (près de 337 000 €) aux accouveurs pour contribuer à la disponibilité des poulets locaux sur le marché pendant les fêtes de fin d'année. "Avec cette aide, nous passerons facilement à 800 000 poussins par semaine. Ce serait un résultat jamais atteint auparavant", pronostique Jean Paul Fouda Ottou, secrétaire exécutif de l'interprofession avicole du Cameroun. À partir de cette année, la filière devrait par ailleurs bénéficier de subventions et de prêts sans intérêt à hauteur de 1 milliard de Fcfa (1,5 million €).


Consommateurs mécontents

Si la filière est en meilleure forme, les consommateurs, eux, apprécient très modérément l'interdiction des importations. Aujourd'hui, le poulet local, généralement entier (d'un kilo et demi à deux kilos environ) se vend entre 1 800 et 3 000 Fcfa (entre 2,7 et 4,5 €) sur les marchés ("poulets sur pieds") et dans les poissonneries (poulets prêts à cuire). Soit environ deux fois plus cher que le poulet congelé quand on le trouvait encore sur les étals... "Avec les congelés, nous gagnions en temps et en argent. Aujourd'hui, il faut se rendre dans les marchés, les faire plumer, couper en morceaux et les conserver", se plaint le propriétaire d'un restaurant. "Les 'poulets sur pieds' sont plus chers que les congelés. En plus, il faut les tuer et les nettoyer et on ne les trouve pas partout", ajoute une ménagère qui vient tout de même d'en acheter deux.
Bernard Njonga, le président de l'ACDIC, relativise les plaintes des consommateurs et assure que le poulet local a finalement peu augmenté en comparaison d'autres denrées alimentaires. "Quand vous maîtrisez la production, vous maîtrisez le prix. Si les poulets importés étaient encore sur les marchés, leurs prix auraient augmenté comme ceux d'autres produits importés", analyse-t-il. "L'objectif de la campagne lancée en 2004 a été atteint pour le moment à 75 %, estime Bernard Njonga. Les importations ont été interdites, les gens consomment le poulet local, l'aviculture a repris et l'État subventionne la filière. Il le sera à 100 % d'ici la fin d'année avec l'installation de chaînes d'abattage qui devraient permettre à la ménagère d'avoir le poulet (en morceaux, Ndlr) sur le marché en fonction de sa bourse comme c'était le cas avant avec les poulets congelés." En attendant, certains clients regrettent les bas morceaux de poulets importés, vendus autrefois au détail par tas, même si les conditions d'hygiène étaient à l'époque déplorables.


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