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Humanitaire et Droits de l’Homme : articulation délicate ou fracture ? - Publié le 03/12/2012

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Un article à découvrir sur Grotius - Mots-clefs : Humanitaire, Grotius, réflexion, droit de l'homme


Logo Grotius Avec une métaphore toute médicale, les relations entre l’humanitaire et les droits de l’homme sont empreintes de convergences et de divergences qui alimentent, depuis des décennies, les débats au sein de ces communautés…

L’action humanitaire et son droit afférent issu des Conventions de Genève et de ses protocoles additionnels, le droit international humanitaire, sont souvent liés à des situations de conflits, alors que les droits de l’homme ont un prisme élargi, globalisant, et mobilisent souvent les notions de gouvernance et de démocratie. Lorsqu’en décembre 1948, l’Assemblée Générale des Nations Unies a proclamé la Déclaration universelle des droits de l’homme, l’ambitieux objectif qu’elle se fixait était d’énoncer des droits fondamentaux, politiques, civils et sociaux dont devraient bénéficier tous les êtres humains. L’action humanitaire devrait donc en principe s’inclure, ou en tous cas être proche, de ces mêmes objectifs.

Dans une période fragmentée où la notion même d’universalité est remise en cause, la relation contemporaine entre action humanitaire et les droits de l’homme semble désormais plutôt s’inscrire dans la confrontation que dans la complémentarité.

Le combat politique des défenseurs des droits de l’homme

Les défenseurs des droits de l’homme balayent un spectre de situations et d’objectifs très larges, allant de la défense de la presse à celle des libertés individuelles élémentaires. Éminemment respectables, nombres d’entre eux sont victimes chaque année de cette volonté farouche, frontale, de ne plus accepter des systèmes oppresseurs. Cette volonté farouche d’apposer un respect universel et partagé à l’humanité. Ils le disent, l’écrivent, et parfois même le chantent. Bien souvent à leurs dépens et à leurs risques et périls car le monde dans lequel nous vivons ne s’y prête paradoxalement pas. Utilisant toutes les nouvelles technologies de la communication, leurs messages se heurtent encore plus fortement qu’avant aux fractures idéologiques et politiques induites par la globalisation de notre planète. Internet aurait fait du monde un « village global », selon certains. La réalité vient contredire cette image idéalisée. Si les distances ont rétréci, c’est pour mieux souligner les barrières, les différences et les paradoxes qui ont émergé.

Les gens se voient plus mais se touchent moins. Les plus forts et les plus riches s’enferment dans des nouveaux espaces sécurisés privés, qu’ils soient résidentiels ou commerciaux, réels ou symboliques. Ceci est particulièrement visible dans les espaces urbains qui regroupent aujourd’hui plus de la moitié de l’humanité. La vie privée a été remplacée par une privatisation de la vie et de ses libertés, déconstruisant les modèles et les dynamiques du « vivre ensemble », pour un « vivre entre nous » bien plus autarcique et discriminant.

Le concept de sécurité humaine qui a émergé il y a une vingtaine d’années a élargi d’autant plus les exigences des défenseurs des droits de l’homme qu’en même temps les modes de gouvernance se modifiaient et le rôle de l’Etat rétrécissait. La privatisation des biens publics, défendue par les tenants du néolibéralisme et accentuée par l’actuelle crise financière mondiale, rentre bien dans le cadre de cette gouvernementalité néolibérale, chère à Michel Foucauld. Les pays qui défendent aujourd’hui les droits de l’homme sont pourtant ceux qui ont le plus appliqué ces pratiques économiques néolibérales. Ils ont réussi à fusionner ces deux visions (droits des individus et économie de marché dérégulée) dans un concept politique, celui de la paix démocratique, la « pax democratica ». Ce modèle des gouvernants s’oppose néanmoins de plus en plus à celui des gouvernés qui cherchent des voies alternatives.

L’altermondialisation, les mouvements paysans et ouvriers produisent, avec leur militantisme très actif, une hétérogénéité dérangeante et bruyante. Les frontières entre objectifs socio-économiques et politiques se fissurent, et le militantisme droit-de l’hommiste est indéniablement devenu un militantisme politique, engagé, partisan, départi de toute neutralité.

L’action humanitaire prise au piège de ses principes

Cette analyse (dont j’accepte par avance toutes les critiques qui pourraient être formulées) est, je crois, un des facteurs explicatifs les plus forts pour comprendre le fossé qui sépare aujourd’hui les droits de l’homme et l’humanitaire. En effet, si de nombreuses ONG revendiquent une fonction de transformation sociale, elles savent également que la négociation avec les structures de pouvoir en place est indispensable pour accéder aux populations. Pour des raisons opérationnelles mais aussi pour respecter l’impartialité et la neutralité de leur mandat, les acteurs humanitaires ne pensent pas que leur mission première est la promotion des droits de l’homme.
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Lien web : www.grotius.fr/humanitaire-et-droits-de-l’homme-articulation-delicate-ou-fracture


Publié le 03/12/2012 07:49 par Jérôme Larché - Directeur délégué de Grotius et Enseignant à l’IEP de Lille - Contacter l'auteur - Signaler un problème

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