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Humanitaire et logiciel libre - Publié le 16/11/2006

Le logiciel libre : un atout pour les associations... - Mots-clefs : logiciels libres, humanitaire, associations

Lien web : www.collectif-asah.org/news/


linux-lessivage


Imaginez un monde où tous peuvent profiter gratuitement de ce qui se fait de mieux...où les compétences sont mises en commun pour le profit de tous... Ce monde idyllique n'existe pas ?.? Si !! au moins dans un domaine: en informatique. Le connaître peut être profitable à tous, particuliers, associations, acteurs de la solidarité...



Le monde du logiciel libre

Acheter un logiciel

Le logiciel propriétaire

Plusieurs principes coexistent sur le marché des logiciels. Dans le modèle « traditionnel », porté par les quasi-monopoles de quelques sociétés (Microsoft, Adobe...), le logiciel est un produit que l'on achète, comme un aspirateur ou une télévision... du moins c'est ce que 99,99% des acheteurs croient... Quelques différences notables existent : avez vous remarqué qu'à l'installation d'un logiciel, s'affiche un contrat (le CLUF : contrat de licence pour l'utilisateur final), que personne ne prend la peine de lire avant de signer en cliquant sur OK...
que dit ce contrat ?
Que vous avez n'avez pas acheté ce logiciel, mais une licence d'utilisation : vous n'en êtes pas vraiment le propriétaire, contrairement à la plupart des biens de consommation courante.
Comme si on vous faisait signer un papier à l'achat de votre aspirateur vous disant que vous n'avez pas le droit de le passer ailleurs que dans votre résidence principale, que personne ne vous garantit qu'il fonctionnera plus d'une semaine, que vous n'aurez pas le droit de vous plaindre si il met le feu à la maison, et que vous n'aurez pas le droit de l'ouvrir pour voir comment il marche ou pour le réparer. Pire encore, votre aspirateur pourra décider de ne pas aspirer telle ou telle pièce de votre maison, voire même envoyer des informations sur le respect de ce contrat à son fabriquant... Prenez une aspirine, et relisez ces contrats : vous n'êtes pas le propriétaire du logiciel. Le terme logiciel propriétaire concerne donc le fabriquant, et non vous...

Concrètement, largement plus de la moitié des logiciels propriétaires en utilisation dans le monde sont des logiciels piratés, consciemment ou non (exemple : vous installez votre suite Office Pro achetée légalement 700 euros sur votre ordinateur fixe et votre ordinateur portable : vous êtes en flagrant déli de piratage, même si vous n'utilisez jamais les deux en même temps...). Beaucoup d'associations humanitaires utilisent et fournissent sans aucun scrupule de conscience des ordinateurs légalement hors la loi. Certes, les contrôles sont rares... mais la démarche n'est pas vraiment saine. Sur une dénonciation, un contrôle aux douanes, une visite inopinée d'inspecteurs de la répression des fraudes, c'est parfois le dépôt de bilan (un logiciel piraté « détecté » revient à environ 3 fois son prix d'achat... soit environ 2100 euros par ordinateur, faites le compte...).


Le logiciel libre

L'autre modèle de logiciel est assez diamétralement opposé au premier. Dans ce modèle, vous n'achetez pas le logiciel : il est gratuit, mais ce n'est pas tout. Car la gratuité ne veut pas tout dire : de nombreux logiciels existent, sont gratuits (freewares), mais pour autant ne vous donnent pas plus de droits que les logiciels payants ci-dessus (par exemple le logiciel intégré à votre navigateur permettant de lire le flash). Le logiciel libre vous donne en plus des droits : vous pouvez vous en servir comme bon vous semble, vous pouvez le distribuer autour de vous, vous pouvez aussi le modifier. Car le logiciel libre vient aussi avec sa source : non seulement vous avez le droit de l'ouvrir, mais le plan de montage est livré avec, et vous pouvez l'améliorer si vous en avez envie... Evidemment, tout le monde ne s'amuse pas à reprogrammer son logiciel, mais des passionnés s'en chargent pour vous, et leur travail mis en commun permet d'améliorer ces logiciels. Le développement d'un logiciel libre est souvent le résultat d'un travail communautaire, dans l'esprit de partage et de liberté.


Une offre viable ?

L'offre des logiciels libres est vaste, et répond à la majorité des besoins des utilisateurs. La plupart des logiciels payants que l'on utilise généralement peut être remplacée par un équivalent libre. Faisons un tour d'horizon non exhaustif. Si vous voulez

  • écrire un texte : Microsoft Word peut être remplacé par Openoffice.org (Writer)
  • faire une présentation : Microsoft Powerpoint peut être remplacé par Openoffice.org (Impress)
  • utiliser un tableur : Microsoft Excel peut être remplacé par Openoffice.org (Calc)
  • retoucher des photos, images : Adobe Photoshop peut être remplacé par The Gimp
  • faire de la PAO : Adobe Pagemaker / InDesign peut être remplacé par Scribus
  • naviguer sur internet : Internet Explorer peut être avantageusement remplacé par Mozilla Firefox
  • lire vos mails : Outlook Express peut être avantageusement remplacé par Mozilla Thunderbird
  • faire du dessin vectoriel : Adobe Illustrator peut être remplacé par InkScape ou Openoffice.org (Draw)
  • gérer un projet : Microsoft Project peut avantageusement être remplacé par Open Workbench
  • créer un fichier PDF : Adobe Acrobat peut être remplacé par PDFCreator (le PDF est supporté nativement par Openoffice.org)

Les avantages

Majoritairement :

  • Le prix : en moyenne 700 euros par ordinateur (en supposant, ce qui est rarement le cas, que vous souhaitiez rester dans la légalité). Ces 700 euros peuvent être utilement réemployés, dans l'action, dans le matériel...
  • La formation : l'argent non dépensé pour acheter un logiciel libre peut être intelligemment réinvesti dans la formation des utilisateurs. D'un point de vue rentabilité, il vaut mieux un utilisateur formé utilisant un logiciel gratuit qu'un utilisateur inexpérimenté utilisant un logiciel payant.
  • L'évolution : chaque changement de génération de logiciel propriétaire se traduit au mieux par une mise à jour (payante, en général 1/3 du prix du logiciel neuf) ou par un nouvel achat. Le logiciel libre permet d'être en permanence à jour.
  • L'intéropérabilité : les formats utilisés par les logiciels libres sont des formats ouverts, qui garantissent la pérennité des informations stockées. Et si la personne n'a pas le même logiciel que vous, elle peut elle aussi le télécharger et installer gratuitement et légalement.
  • La liberté : quel aspirateur choisiriez-vous ? Si pour la vie de tous les jours, il est rare de remarquer les privations de libertés entraînées par le logiciel propriétaire (quoique... les DRM commencent à devenir assez encombrants), le choix du libre est aussi une philosophie. Les acteurs humanitaires ne devraient pas y être insensibles.
  • Le support : autour de ces logiciels, se sont formées des communautés d'utilisateurs, qui constituent une base de connaissances bien plus importante que tout ce que l'on peut trouver pour le logiciel propriétaire. Openoffice, par exemple, a donné lieu à plus de 2 millions d'articles, messages, tutoriels sur internet. Vous trouverez toujours un forum, une mailing list où vous pourrez poser vos questions et obtenir des réponses.
  • La qualité : certains logiciels libres sont de meilleure qualité que leurs équivalents propriétaires (Mozilla Firefox et Mozilla Thunderbird par exemple).

Les inconvénients

Il y en a aussi... il faut les connaître pour faire un choix de politique logicielle en connaissance de cause.

  • Spécificité : une faible proportion des utilisateurs utilisent « à fond » leur logiciel; pour ceux là (les professionnels qui utilisent quotidiennement Photoshop ou InDesign, par exemple), l'offre des logiciels libres n'est pas assez poussée. D'ailleurs, financièrement, l'achat du logiciel qui constitue leur principal outil de travail ne constitue généralement pas un gros problème, vite rentabilisé.
  • Habitudes : quand on a travaillé 10 ans sur un logiciel (légalement ou non), changer de logiciel entraîne aussi un changement d'habitudes assez désagréable. La question à se poser dans ce cas est « combien valent mes habitudes ? ». Si on estime qu'elles valent plus de 700 euros, alors il ne faut pas les changer, et payer.
  • Communication : certains formats sont malheureusement devenus des « standards » : envoyer un document Word ne choque personne, il est naturel de penser que son correspondant pourra le lire... il y a pourtant des solutions de rechange : envoyer un fichier PDF, enregistrer le document dans un format compatible... d'autre part, la suite Openoffice.org lit et enregistre à peu près correctement les documents provenant de la suite Microsoft Office (les formats Microsoft n'étant pas malheureusement pas ouverts, l'interopérabilité n'est cependant pas garantie).

Ces inconvénients ne sont pas à négliger, mais sont à mettre en regard de l'investissement. Pour information, les logiciels que vous trouvez préinstallés dans un ordinateur ne sont pas gratuits : ils peuvent représenter jusqu'à 25% du prix de la machine. En théorie, vous pouvez exiger leur remboursement... en théorie seulement, car les vendeurs de logiciels et fabriquants d'ordinateurs ne voient pas cela d'un bon oeil.


Quelques cas typiques

Petite association

Un secrétariat, quelques ordinateurs, un bulletin d'information, un petit site web. La gestion des adhérents et la comptabilité sont effectuées à l'aide d'un tableur. Tous les ordinateurs ont été achetés en magasin, équipés de Windows XP Home, Works et quelques gadgets, à des époques différents. L'intégralité des tâches peut être faite à l'aide de logiciels libres sous Windows :

  • lettres, mailings et gestion des adhérents à l'aide d'Openoffice.org
  • présentations à l'aide d'Openoffice.org
  • bulletin d'information et publications à l'aide de Scribus

navigation et mails à l'aide de la suite Mozilla Firefox + Thunderbird (ou Sunbird)

  • édition et montage des videos avec Jashaka
  • retouche et préparation des photos avec The Gimp
  • création du site web avec NVU
  • antivirus avec ClamWin

Les didacticiels permettant de maîtriser la fusion/publipostage sous openoffice, la création d'un site internet sous nvu ou la création d'une publication avec Scribus sont disponibles sur internet.

Coût : 0 euros

Economie : plus de 4500 euros (pour des logiciels certes plus puissants mais qui n'auraient pas été exploités au tiers de leur capacité)

Préparation d'un ou plusieurs ordinateurs pour une action locale

Un ou plusieurs ordinateurs de récupération assez récents (minimum PIII, 850 Mhz, 256 Mo de Ram).

La facilité d'utilisation, la sécurité (insensibilité aux virus) et la difficulté d'assurer un support technique à distance prêchent en faveur de l'installation d'une distribution Linux, permettant en une seule opération rapide d'installer le système et les logiciels. La solution « windows+ logiciels libres » ci-dessus peut également convenir, mais sera plus longue à déployer. Une distribution Linux simple d'installation et d'utilisation comme Ubuntu peut faire l'affaire. Téléchargeable gratuitement, sur quelques CD ou un DVD, elle permet de joindre aux ordinateurs tous les éléments permettant une réinstallation rapide du système et des applications en cas de problème : les CD, et une simple feuille de mode d'emploi. Au niveau des connaissances requises, l'installation d'un système Linux n'est pas plus compliquée que l'installation d'un système Windows (en fait elle est plus simple et plus rapide... le temps de l'ésotérisme des commandes devant un écran noir est révolu), et a l'avantage d'être beaucoup plus rapide. D'autre part, sur du matériel ancien, il est parfois difficile de trouver les drivers adéquats sous Windows; le problème ne se posera pas sous Linux, qui inclut d'office la quasi totalité des drivers. Enfin, de nombreuses associations, forums, mailing lists, tutoriels sont des aides pratiques...


Préparation d'un ou plusieurs vieux ordinateurs pour une salle informatique

Souvent, les ordinateurs récupérés sont trop vieux pour faire tourner efficacement les derniers logiciels du moment. Il existe cependant une solution pour leur permettre d'être utilisé, qui permet de créer pour quelques centaines d'euros une salle informatique d'une dizaine de postes, dotée des derniers logiciels du moment, rapide et d'entretient facile. Le principe est simple : faire tourner les logiciels sur une machine récente, même un premier prix actuel, et ne se servir des vieux PC que pour l'affichage.


Ce principe a fait ses preuves depuis plusieurs années à ASAH, dans nos bureaux : nous travaillons tous les jours sur de vénérables ordinateurs de récupération, sans disque dur, avec peu de mémoire vive. D'autres associations ont suivi ce modèle, avec succès.

L'installation et la configuration d'un tel système ne sont pas encore très simples, mais peut représenter un gain de temps non négligeable pour des associations spécialisées dans la récupération et le reconditionnement de matériel informatique : au lieu d'installer 10 machines, une seule installation suffit, et le parc utilisable est grandement élargi. Pour plus d'informations sur ce système, vous pouvez appeler J.M. Barbier, à ASAH, au 06 86 14 77 29.


Conclusion


L'utilisation de logiciels open source peut permettre des économies substantielles aux associations, sans perte de productivité. La politique de passage au monde open source peut être faite en plusieurs étapes, adaptées aux moyens et objectifs des bénéficiaires, et devrait être systématiquement envisagée lors de la réflexion sur l'évolution du parc informatique d'une association.

Références..
  • Récapitulatif sur les licences Windows Licences Windows
  • Les textes des licences Microsoft... au cas où vous ayez oublié de les lire avant de cliquer sur OK... Licences Microsoft
  • DRM, CLUF, SP, XP et WMP : attention, textes importants (mais au format crypté) pour des formats fermés : Les DRM, les licences, Windows Update, Service Pack, XP et Media Player

Décryptage de licences

  • Uzine, Devinez qui vient fouiller chez vous ce soir - Petites réflexions autour du CLUF de Windows Media Player, de Hutspot, CLUF de Windows Media Player
  • Standblog, Mise à jour automatique de Windows : lisez le contrat de licence !, le 12 avril 2005, Mise à jour automatique
  • ADULLACT, Comparatif des licences logicielles (celles de Windows XP SP2, de Mac OS X 10.3 et la GNU GPL), avec la partie sur les clauses particulières, le 27 mars 2005, Adullact

Publié le 16/11/2006 18:41 par BARBIER Jean-Matthieu - Webmaster ASAH - Contacter l'auteur - Signaler un problème


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