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Dix conflits à surveiller en 2017

Des agents de la police aux frontières américaine surveillent des migrants ayant traversé la frontière entre le Mexique et les Etats-Unis le 3 janvier, près de McAllen, au Texas | JOHN MOORE/AFP

Des agents de la police aux frontières américaine surveillent des migrants ayant traversé la frontière entre le Mexique et les Etats-Unis le 3 janvier, près de McAllen, au Texas | JOHN MOORE/AFP

De la Turquie au Mexique, la liste des points chauds les plus volatiles du monde est devenue beaucoup moins prévisible cette année.

Le monde s’ouvre sur son chapitre le plus dangereux depuis des décennies. L’escalade sensible de la violence ces dernières années nuit à notre capacité à faire face à ses conséquences. De la crise mondiale des réfugiés à question de la diffusion du terrorisme, notre échec collectif à résoudre les conflits donne naissance aujourd’hui à de nouvelles urgences et de nouvelles menaces. Même dans les sociétés en paix, la politique de la peur mène à des polarisations dangereuses et à la démagogie.

C’est la toile de fond de l’élection de Donald Trump à la présidence des Etats-Unis, sans aucun doute l’événement le plus important de l’année passée, qui aura des conséquences géopolitiques déterminantes pour l’avenir. Beaucoup a été dit des inconnues de l’agenda de politique étrangère de Trump, mais s’il y a une chose que nous savons, c’est que l’incertitude elle-même peut-être profondément déstabilisante, particulièrement lorsqu’elle implique l’acteur le plus puissant de la scène internationale. Les alliés des Etats-Unis, de l’Europe à l’Asie orientale analysent déjà nerveusement les tweets et les fanfaronnades de Trump. S’alliera-t-il à la Russie au détriment des Européens? Tentera-t-il de casser l’accord avec l’Iran? Cherche-t-il vraiment à relancer une course aux armements?

[…]

1.Syrie et Irak

Après six années de combat, près de 500.000 tués et environ 12 millions de déplacés, il semble probable que le président syrien Bachar el-Assad conserve le pouvoir pour un temps, mais même avec des soutiens étrangers, ses forces ne peuvent pas mettre fin à la guerre et reprendre totalement le contrôle du pays. Cela a été évident lors de la reconquête récente de Palmyre par l’Etat islamique, à peine neuf mois après qu’une campagne militaire soutenue par la Russie en a chassé le groupe armé. La stratégie d’Assad consistant à paralyser l’opposition non-djihadiste a renforcé les groupes islamistes radicaux tels que l’Etat islamique et le Jabhat Fateh al-Sham (l’ancien Front al-Nosra). Les rebelles non-djihadistes, qui ont été affaiblis plus encore par leur récente défaite à Alep, restent divisés et fragilisés par les approches divergentes des Etats qui les soutiennent.

La reconquête de l’est d’Alep par le régime, en décembre, a marqué un point de rupture cruel, le succès du régime et de ses alliés y ayant été obtenu par le siège et le bombardement continu de populations civiles. Les diplomates occidentaux ont exprimé leur horreur et leur indignation mais ont échoué à construire une réponse concrète. L’évacuation de civils et de rebelles a finalement eu lieu, mais après la signature d’un accord par la Russie, la Turquie et l’Iran. Cette troïka a poursuivi avec une rencontre à Moscou destinée à «revitaliser le processus politique» vers la fin de la guerre. Ni les Etats-Unis ni les Nations Unies n’ont été invitées ni même consultées. L’accord de cessez-le-feu mis en place par la Russie et la Turquie à la fin du mois de décembre a semblé se déliter en quelques jours, tandis que le régime continuait ses offensives militaires dans les banlieues de Damas. Malgré les défis importants qui se profilent , cette nouvelle voie diplomatique ouvre la meilleure opportunité de réduction du niveau de violence en Syrie aujourd’hui.

Il est probable que la guerre contre l’Etat islamique continue encore quelque temps, et il y a un besoin urgent de s’assurer qu’elle ne nourrisse pas d’autre foyers de violence et de déstabilisation

Il est probable que la guerre contre l’Etat islamique continue encore quelque temps, et il y a un besoin urgent de s’assurer qu’elle ne nourrisse pas d’autre foyers de violence et de déstabilisation. En Syrie, les deux principaux efforts de lutte contre le groupe armé, la premier mené par Ankara et l’autre par la filiale syrienne du Parti des Travailleurs du Kurdistan (PKK), sont pris dans le conflit en Turquie entre l’Etat turc et le PKK. Washington soutient les deux efforts sans prendre en compte suffisamment au sérieux les heurts directs entre eux. La future administration Trump devra donner la priorité à la désescalade du conflit entre ses alliés turcs et kurdes plutôt qu’à la conquête immédiate de territoires actuellement aux mains des djihadistes. Si la violence entre eux continue, l’Etat islamique sera le premier à en bénéficier.

L’Etat islamique affirme toujours sa souveraineté sur un califat s’étendant sur différentes parties de l’Irak et de la Syrie même s’il a perdu une surface importante de son territoire au cours de l’année passée. Même s’il est défait militairement, lui ou un autre groupe pourra ré-émerger si des questions de gouvernance profonde ne sont pas réglées. L’Etat islamique lui-même s’est développé grâce à l’échec à s’attaquer à ces questions. Il répand aujourd’hui une idéologie qui attire des jeunes tout autour du monde et suscite des menaces bien au-delà des frontières de l’Irak et de la Syrie, comme l’ont montré les récentes attaques à Istanbul et Berlin.

En Irak, le combat contre l’Etat islamique a affaibli encore plus la capacité de l’Etat à gouverner, a causé des destructions immenses, militarisé la jeunesse et traumatisé la société irakienne. Il a fragmenté les partis politiques kurdes et chiites en les transformant en factions rivales et troupes paramilitaires se disputant les ressources de l’Irak et dépendantes du soutien de puissances de la région. Le combat pour détruire l’Etat islamique, dont l’ascension s’était nourrie des frustrations profondes des Arabes sunnites, a aggravé les dommages causés par le groupe lui-même. Pour éviter d’aggraver les choses, Bagdad et le gouvernement régional du Kurdistan ont besoin de soutien afin de pouvoir exercer une réelle pression sur les groupes paramilitaires.

Si le succès de la campagne militaire pour reprendre Mossoul que soutiennent les Etats-Unis n’est pas bien géré, il pourrait se transformer en échec. En plus de l’armée irakienne, des forces spéciales antiterroristes et de la police fédérale qui mènent le combat dans la ville, des groupes locaux sont également impliqués et veulent leur part du gâteau. Par ailleurs, l’Iran et la Turquie utilisent des groupes locaux pour étendre leur influence. Plus la bataille dure, plus ces divers groupes pourront exploiter des opportunités d’obtenir un bénéfice stratégique en contrôlant des territoires, et rendront encore plus compliquée toute possibilité de solution politique.

L’Etat irakien, avec le soutien des Etats-Unis et d’autres partenaires, doit continuer à soutenir militairement et logistiquement les troupes irakiennes qui pénètrent dans la ville et doit établir des forces de stabilisation recrutées localement dans les zones reprises à l’Etat islamique, de façon à ce que les gains militaires ne soient pas perdus à nouveau. Il devra également favoriser la mise en place d’une gouvernance impliquant des acteurs politiques locaux ayant un soutien local.

2.Turquie

L’attaque du jour de l’an qui a tué au moins 39 personnes à Istanbul semble être un présage d’autres violences à venir

L’attaque du jour de l’an qui a tué au moins 39 personnes à Istanbul semble être un présage d’autres violences à venir. L’Etat islamique a revendiqué l’attaque, ce qui n’est pas dans les habitudes du groupe en Turquie et pourrait signaler une intensification de ses attaques. En plus d’une aggravation des retombées des guerres en Syrie et en Irak, la Turquie fait aussi face à l’aggravation de son conflit avec le PKK. Polarisée politiquement, avec une économie sous tension et des alliances superficielles, la Turquie semble promise à des bouleversements.

 Le conflit entre l’Etat et les militants du PKK n’a pas cessé d’empirer depuis la rupture du cessez-le-feu en juilet 2015. Depuis, le conflit contre le PKK est entré dans une de ses phases les plus meurtrières en trois décennies, avec la mort d’au moins 2500 militants, militaires, policiers et civils, dans un contexte où les deux camps ont choisi une nouvelle escalade de la violence. Les affrontements et les opérations de maintien de la sécurité ont déplacé plus de 350000 civils et détruit certains quartiers des villes dans le sud-est majoritairement kurde de la Turquie. En décembre, une double attaque à la bombe attribuée au PKK a tué 45 personnes près d’un stade de football à Istanbul. En réaction, le gouvernement a une fois de plus fait emprisonner des représentants du mouvement kurde, bloquant un canal essentiel d’une solution politique qui devra inclure la protection des droits fondamentaux des Kurdes en Turquie. Bien qu’elle soit enracinée dans le ressentiment au niveau local, l’escalade de la violence est également nourrie par l’inquiétude croissante d’Ankara face aux gains territoriaux des Kurdes dans le nord de la Syrie et en Irak. C’est cela ainsi que le danger présenté par l’Etat islamique qui ont persuadé Ankara d’envoyer ses premiers détachements de troupes dans les deux pays, impliquant le pays plus profondément encore dans le maelstrom actuel au Moyen-Orient.

Sur le plan intérieur, le gouvernement du président Recep Tayyip Erdogan poursuit sa répression de l’opposition politique et de la dissidence tout en manœuvrant pour modifier la constitution et introduire un régime présidentialiste qui sera probablement l’objet d’un référendum au début du printemps. A la suite de la tentative de coup d’état de juillet dernier, le gouvernement a mis en place des mesures sévères et purgé plus de 100000 fonctionnaires.

Bien qu’ils dépendent de la présence à la frontière méridionale de l’Europe d’un allié membre de l’OTAN fort, les alliés occidentaux de la Turquie se sont montrés très critiques du tournant autoritaire du gouvernement. Cela s’ajoute un contexte déjà marqué par des tensions crées par les négociations au point mort entre l’UE et Ankara au sujet de l’accession de la Turquie. En novembre, Erdogan a répondu avec colère à des critiques de Bruxelles en menaçant de rompre l’accord de mars 2016 sur les réfugiés par lequel Ankara avait accepté d’empêcher le flux de réfugiés syriens d’atteindre l’Europe. Plus de 2.7 millions de réfugiés syriens sont actuellement enregistrés en Turquie. Leur intégration est un défi important pour l’Etat et pour les communautés qui les accueillent.

Les relations avec Washington ont été assombries par l’escalade du conflit militaire entre la Turquie et les forces kurdes en Syrie soutenues par Washington et par la demande de la Turquie d’extrader Fethullah Gülen, le supposé architecte du coup d’Etat. Ankara a reconstruit des liens boiteux avec Moscou et l’assassinat de l’ambassadeur russe en Turquie en décembre a pour l’instant rapproché les deux pays. Ankara réduit de plus en plus ses alliances avec l’occident et se presse à s’accorder avec la Russie et l’Iran. Pourtant, l’Iran et la Turquie sont toujours engagés sur une voie périlleuse, divisés par un désaccord profond au sujet de leurs intérêts primordiaux en Irak et en Syrie

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Auteur :
Jean-Marie Guéhenno et Slate
Url de l'article :
http://www.slate.fr/story/134114/dix-conflits-surveiller-en-2017
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