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L’Afrique n’a pas besoin d’un plan Marschall !

Lors du dernier sommet du G20 en Allemagne, un journaliste ivoirien a évoqué la nécessité de mettre en place un plan Marshall pour l’Afrique. Est-ce une bonne idée ? Non, c’est une mauvaise idée. Les politiques hors sol sont toujours construites sans les Africains et surtout sans véritable connaissance des milieux. Il faut impérativement que les Africains prennent les commandes des programmes voués au développement de leur continent et cela sans renier leurs cultures et sans se soucier des critiques.

Lors de la dernière conférence de presse qui a suivi le sommet du G20 en Allemagne, un journaliste ivoirien avait demandé au président français, Emmanuel Macron, pourquoi il n’y avait pas de plan Marshall pour l’Afrique. Nous avons déjà essayé cela et cela n’a pas fonctionné, avait reconnu M. Macron. Et il avait raison.

En effet, au cours des deux dernières années, les gouvernements européens ont créé, entre autres initiatives, le Fonds d’affectation spéciale d’urgence de l’UE pour l’Afrique, le Plan européen d’investissement extérieur (EEIP), et en juillet dernier le Fonds européen pour le développement durable (EFSD), la meilleure initiative de l’UE. Ce ne sont que quelques exemples, mais historiquement, il y a eu de nombreux plans de développement de l’Europe vers l’Afrique qui se sont avérés inutiles.

Rappelons qu’en 1884-1885, 11 puissances européennes et quelques autres nations se sont réunies à Berlin pour décider de l’avenir de l’Afrique. Bien que ça était très condescendant, l’une des motivations à l’origine de la Conférence de Berlin était d’aider l’Afrique. Plus précisément, l’objectif annoncé était de créer les conditions « les plus favorables au développement du commerce et de la civilisation » en Afrique afin d’accroître le bien-être moral et matériel des populations indigènes. Or, ce qui s’est produit n’a été qu’une « ruée sur l’Afrique ». Cette conférence a fait le lit du colonialisme, entraînant une exploitation inédite, permettant aux signataires de siphonner les ressources africaines pour alimenter leur propre développement. Le plan de développement pour l’Afrique a donc conduit au sous-développement et à l’appauvrissement du continent.

Plus de protectionnisme n’est pas la réponse

Apparemment, la leçon n’a pas été retenue car, au début de cette année, environ 120 ans après la Conférence de Berlin, une autre recommandation pour le développement de l’Afrique est sortie de Berlin, le soi-disant « plan Marshall pour l’Afrique ».

Le premier pilier de ce plan encourage les pays africains à « introduire des barrières tarifaires pour assurer une protection partielle et temporaire des marchés intérieurs contre la concurrence mondiale ». Cela contredit les souhaits des entrepreneurs africains qui ont demandé à plusieurs reprises aux gouvernements africains de se débarrasser du protectionnisme. Il est choquant que les élites en charge du développement à l’UE demandent plus de protectionnisme à un continent qui a déjà des tarifs douaniers importants qui entravent le commerce intra-régional, des restrictions de visa strictes empêchant la libre circulation des personnes, et où l’intégration économique régionale est à l’agonie.

Contrairement à la conférence de Berlin de 1885, cette nouvelle initiative n’est pas un accord formel, mais, une nouvelle fois, elle met en évidence l’infantilisation de l’Afrique. Comme le souligne Henning Melber, le chercheur associé principal du Nordic Africa Institute, c’est « Un autre plan grandiose pour l’Afrique sans aucune collaboration avec les Africains ».

L’un des plus grands obstacles à la sortie de millions d’Africains de la pauvreté est le fait que la politique de développement de l’Afrique a été élaborée depuis des siècles par des non-Africains. Tant que les pays africains ne seront pas investis dans leur propre développement, et les gouvernements africains seront des obstacles au progrès sur le continent, la pauvreté persistera. Il incombe à la fois à l’Afrique et à l’Europe de donner aux Africains la possibilité de formuler leurs propres politiques.

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